Saint-Julien C. d., Voyage pittoresque en Russie. suivi d’un Voyage en Siberie par R. Bourdier-1854

LA FINLANDE. JO5 entre eux par de capricieux embranchements et des rivières profondes, accidentent la vaste contrée dont je retrace ici la phy ­ sionomie, et lui impriment les plus piquants effets des paysages aquatiques. Nous remontâmes la rive gauche du Vuoksa, et au bout de quel ­ ques heures nous nous trouvâmes au point où il s ’ échappe du Saïma. — Notre route ne quitta plus les rives de ce lac, partout variées et merveilleusement pittoresques. — Ce sont des promon ­ toires, des caps ombragés, des isthmes, des collines, de grands bois, d ’ arides rochers, de vastes prairies, quelquefois des villages riants et coquets. Saïma n ’ est pas sans quelque analogie avec le golfe de la Spezzia; seulement, il joint aux grâces infinies de ce dernier quelque chose de plus âpre et de plus imposant. On n ’ y voit point, comme sur le beau golfe de la Méditerranée, glisser les voiles latines des felouques provençales, qui s ’ inclinent sur les eaux comme des ailes de cormoran, ni la tartane aux voiles basses qui fuit et rase la mer comme un goéland, ni le rapide pyroscaphe dont le poitrail de cuivre s ’ ouvre à travers les flots un chemin bouillonnant. Pas une voile ne double ces promontoires aux pa ­ naches de verdure, ne sort de ces baies mystérieuses, ne s ’ aven ­ ture au loin sur cette belle et large surface. Ici, c ’ est le silence, la solitude, la nature sauvage et calme. C ’ est à peine si quelque pêcheur, avec son canot d ’ écorce d ’ arbre, se glisse furtivement derrière les festons de ces anses, ou si l ’ on voit au loin une grande barque grise transporter une charge de bois de sapin à Vilmans- trand, charmante petite ville, gracieusement assise sur l ’ une des rives méridionales du lac. Vous dire la forme du Saïma est chose impossible. Il a trop de bras qui s ’ en vont, longs et minces, s ’ étendre dans les forêts du nord-ouest, trop de presqu ’ îles qui le serrent à l ’ orient, trop d ’ indicibles caprices dans la courbe vagabonde de ses contours. Aucune image possible ne saurait donner une idée de la figure de ce bassin, dont les innombrables et tortueux embranchements

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