Saint-Julien C. d., Voyage pittoresque en Russie. suivi d’un Voyage en Siberie par R. Bourdier-1854

SAINT-PÉTERSBOURG. 91 expérimentés, qui, pour quelques menues pièces de monnaie, se chargent de les ramasser. On reconnaît ici l ’ origine du divertisse ­ ment importé en France en 1814, et qu ’ on appelle les monta ­ gnes russes. Ainsi la journée se passe, journée bien vite écoulée, si l ’ on songe qu à quatre heures de l ’ après-midi la nuit est venue; mais on a le lendemain, et ainsi de même jusqu ’ au dernier jour. Vers la fin de la semaine, il s ’ établit autour des katchelis une premenade d ’ élégants équipages. La haute société veut aussi se donner le plaisir des baraques, et vient assister aux amours d ’ Ar ­ lequin et de Colombine, et applaudir aux prodigieuses méta ­ phores de Pierrot. Ce sont ensuite les grandes voitures de la cour, attelées de quatre chevaux richement caparaçonnés, que remplis ­ sent les jeunes filles de l ’ institut de Sainte-Catherine, établisse ­ ment d ’ éducation pour de jeunes fdles nobles , placé sous le patronage immédiat de l ’ impératrice. On compte une soixantaine de ces voitures de gala conduites par des cochers en livrée de la cour, et suivies de grands laquais en manteaux écarlates. On aper ­ çoit aux portières les têtes des jolies promeneuses, qui, comme une nuée de petits oiseaux, babillent en battant de l ’ aile, et sont toutes fières d ’ être promenées ainsi dans les voitures impériales. Je viens de parler des montagnes de glace des katchelis. Celles- là sont publiques et ne subsistent que pendant huit jours; mais il y en a de particulières qui demeurent en permanence tout l ’ hi ­ ver. Elles appartiennent à différentes sociétés de jeunes gens, qui les ont fait élever à frais communs. Les montagnes suisses sont à Kamennoï-Ostroff. Mais actuellement l ’ île a disparu, et l ’ on aurait peine à reconnaître la topographie de ces lieux, que nous avons vus naguère si animés, si verdoyants, si fleuris. Ils n ’ offrent plus au regard qu ’ un désert de glace. Les coquettes villas qui em ­ bellissaient l ’ île se cachent honteusement sous une couverture de natte grossière, elle-même disparaissant sous la neige. Les hauts sapins et les bouleaux touffus balancent tristement leurs branches

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