Saint-Julien C. d., Voyage pittoresque en Russie. suivi d’un Voyage en Siberie par R. Bourdier-1854

88 VOYAGE EN RUSSIE. y prend des mesures, on y dessine des plans, on y trace les con ­ tours d ’ une petite cité. Bientôt les matériaux s ’ y amoncèlent; les ouvriers se mettent à l ’ œuvre. Ces hommes, armés de la seule hache, cet instrument merveilleux entre les mains de l ’ artisan russe, façonnent le bois de cent façons, l ’ équarrissent, le scient, le percent, le polissent, le soumettent à toutes les exigences de la charpenterie : bientôt les carcasses des maisons s ’ élèvent, puis la toiture; les murs viennent ensuite; c ’ est le plus aisé, car il ne s ’ agit plus que de clouer des planches. Ces maisons, comme on voit, sont des baraques; mais elles affectent dans leurs formes les styles architecturaux les plus variés. Celle-ci se pare des ogives et des trèfles de l'art gothique; celle-ci a emprunté sa coupe aux monuments byzantins ; celle-ci se bariole de toutes les fan ­ taisies chinoises ; il y en a qui se contentent d ’ imiter nos fermes de la Brie ou de la Champagne. Chacune de ces baraques a son balcon pour la parade de Paillasse ou d ’ Arlequin ; car cette étrange cité, improvisée en quelques jours sur une place publique, ren ­ ferme bientôt tous les saltimbanques , écuyers , montreurs de bétes, faiseurs de tours, que sais-je, tous les clowns de l ’ empire viennent y exercer leur industrie, en excitant la curiosité populaire à grand renfort de grosse caisse etde mangeurs d ’ étoupe enflammée. Devant les baraques s ’ élèvent les montagnes de glace. Ce sont deux sortes de tours placées en face l ’ une de l ’ autre, à la distance de deux ou trois cents toises, et terminées par une terrasse cou ­ verte, d ’ où s ’ échappe un plan incliné, légèrement renflé vers le milieu, lequel, rencontrant le sol par un angle de quarante-cinq degrés, continue à courir horizontalement jusqu ’ au bout de l ’ es ­ pace qui sépare les deux tours. Ainsi ce sont deux sentiers qui se côtoient en se touchant pour aller expirer chacun en sens contraire On compte à Saint-Pétersbourg trois théâtres : 1° le Grand-Théâtre, généralement consacré aux opéras et aux ballets; 2° le théâtre Alexandre : on y joue les drames russes ; 3° le théâtre Michel : les Français et les Allemands y jouent successive ­ ment

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