Saint-Julien C. d., Voyage pittoresque en Russie. suivi d’un Voyage en Siberie par R. Bourdier-1854

86 VOYAGE EN RUSSIE. Le peuple est animé; les cabarets du voisinage ne désemplis ­ sent pas, et les moujiks (paysans , hommes du peuple portant la barbe et le caftan), s ’ y munissent libéralement contre le froid par de larges libations alcooliques. L ’ eau-de-vie nationale est leur boisson des grands jours, leur nectar, leur léthée; il n ’ est pas de maux dont ils n ’ aient, en effet, bientôt noyé le souvenir dans cette liqueur grossière tirée du froment, et prompte à donner l ’ ivresse. Peu y échappent. Mais il est juste de dire que leur ivresse est par ­ faitement inoffensive. L ’ exaltation qu ’ elle produit se manifeste d ’ abord par de joyeux chants, et ne tarde pas à se transformer en effusions de tendresse. Un de ces homme, le cerveau obscurci par les vapeurs de l ’ alcool, s ’ entretenait un jour avec la borne d ’ un trottoir et lui disait les choses les plus passionnées, l ’ appelant sa chère âme, son cœur, sa tendre petite colombe. Mais la veille de Noël est arrivée ; le froid est sec et vif ; un mou ­ vement inusité se remarque dans tous les quartiers de la ville. Il annonce une grande fête; les traîneaux ont cessé de charrier des victuailles pour se charger de petits cônes de sapin. Ce sont les arbres de Noël aimés des enfants , et qui doivent le soir même s ’ illuminer de bougies, se charger de friandises, de jouets, de ca ­ deaux divers, suivant la position , le rang et surtout la fortune des familles. Partout, ce soir-là, où se trouvent des enfants, dans les hôtels les plus opulents comme dans les plus pauvres demeures, s ’ élève un arbre de Noël. Cet usage touchant, emprunté à l ’ Alle ­ magne, s ’ est dès longtemps popularisé en Russie, et fait aujour ­ d ’ hui partie des mœurs les plus intimes du pays. Voici le moment de la fête. L ’ arbre est étincelant de lumières. A ses branches sont suspendus les bonbons ; sous ces bran ­ ches sont étalés les cadeaux pour les enfants. Souvent, dans les grandes maisons, une loterie termine la soirée ; ce sont des sur ­ prises numérotées pour les invités, et que le sort distribue. Cette générosité coûte quelquefois de 8 à 10,000 francs aux maîtres de la maison.

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