Saint-Julien C. d., Voyage pittoresque en Russie. suivi d’un Voyage en Siberie par R. Bourdier-1854
SAINT-PÉTERSBOURG. 83 Je fus longtemps à pouvoir obtenir l ’ explication de cette pro nonciation ornithologique. Voici enfin ce que j ’ appris : La lettre s est, en russe, un signe, une expression abrégée de politesse ; elle tient la place de soudar (seigneur), dont elle forme pour ainsi dire la contraction : soudar pour le masculin, et sou darina pour le féminin. Ainsi, gospodin ’ s équivaut à gospodin soudar. Il est à remarquer que le mot gospodin, qui, dans l ’ usage commun, tient la place de monsieur, traduit mal l ’ analogue fran çais 1 . C ’ est que chez nous, les dénominations honorifiques remon tent aux mœurs chevaleresques du moyen âge, mœurs qui ont manqué aux Russes. La civilisation moderne, ai-je dit, a commencé à faire irrup tion dans le Gostinoï - dvor. Chaque jour elle tend à effacer quelques traits extérieurs de son caractère national. Les mar chands, par exemple, portent encore en hiver la longue pelisse de renard ou de yenotte; mais la plupart ont remplacé le haut bon net tatar par l ’ odieux chapeau de feutre ou la casquette bour geoise. Pendant l ’ été, ils portent la redingote, il est vrai, en core longue et flottante comme une robe, mais il est évident qu ’ il suffit d ’ un coup de ciseaux pour la transformer en paletot français. Je dois ajouter que depuis quatre ou cinq ans à peine, en face même de ce vieux bazar moscovite, a été pratiqué un élégant pas sage moderne, parqueté, vitré, fermé et décoré de tout le luxe de l ’ étalage parisien. — Le moyen, en présence de cet envahisse- * Ce peuple fait d ’ ailleurs usage d ’ une précieuse dénomination, laquelle s ’ ap plique à tous les rangs ; elle consiste dans le nom de baptême auquel on joint celui du père : Jean, fils de Pierre (Ivan Pétrovitch), Dmitri, fils de Basile (Dmitri Vassilievitch) : c ’ est l ’ ancienne coutume grecque. Le plus humble paysan, en par lant au plus puissant seigneur, ne lui adresse pas autrement la parole , fût-ce à l ’ empereur même. — Encore une remarque: de gospodin, monsieur, les Russes ont fait gospoja , madame; mais ils n ’ ont pu en faire mademoiselle, il a fallu avoir recours à soudar, dont ils ont fait le joli mot de soudarina , qui signifie en même temps madame et mademoiselle. — On ne se sert, toutefois, de soudarina que dans les classes moyennes et bourgeoises.
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