Saint-Julien C. d., Voyage pittoresque en Russie. suivi d’un Voyage en Siberie par R. Bourdier-1854

SAINT-PÉTERSBOURG. 79 — Vous êtes fou, fit brusquement l'acheteur; dites plutôt que vous ne vous souciez pas de vendre. Et il prit résolument le chemin de la porte. — Allons, ne vous fâchez pas, haute noblesse; je ne vous de ­ mande que ce qu elle vaut et ce qu ’ a payé le gouverneur de Tam- boff. — Je croyais que c ’ était celui de Voronèje. — Ai-je dit de Voronèje? Oui, en vérité, c ’ est le gouverneur de Voronèje qui a pris la pareille et l ’ a payée cent quarante roubles; eh bien, pour vous, ce sera cent vingt roubles. — Voyons, laissez-moi sortir... d ’ autant plus, ajouta mon com ­ pagnon en me désignant, que monsieur s ’ impatiente. — Tenez, fit le marchand en s ’ emparant de la robe de chambre; la voici pour cent roubles, et que tout soit dit. — Je vous prie de me laisser sortir; faut-il vous le répéter? — Votre prix alors, Excellence, votre prix? — Je n ’ ai pas de prix à une demande extravagante. — Vous êtes sévère, monsieur. Si je vous la laissais pour soixante-quinze roubles... — Diminuez encore. — Diminuer encore ! fit le Tatar en affectant un air étonné; eh bien! ce sera cinquante roubles, mais pas un copek de moins. Je regardai mon compagnon ; il était impassible. — Vous voulez dire vingt roubles? fit-il au marchand, qui poussa les hauts cris. — Vingt roubles ! mon noble seigneur, vingt roubles ! vous voulez vous divertir, sans doute, et vous gausser de moi; vingt roubles ! mais, par Allah ! la doublure même ne serait pas payée. .. Quoi! vingt roubles une robe de chambre que le gouverneur de Nijni... — Ah ! c’ est le gouverneur de Nijni, actuellement... — De Nijni ou de Simbirsk... Vous me troublez la tête, mon-

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