Baye J. d., De Penza a Minoussinsk. souvenirs d'une mission. extr. de la Revue de geographie-1898
DE PENZA A MINOUSSINSK nuée en retentiront, et le morne silence, vieux comme le mondh, sera partiellement troublé. Les fleurs sont sans parfum en Sibérie. Comment en serait-il autrement dans les zones où l ’ été n ’ existe pas ? Plus au sud, la vé gétation est admirable; la flore des forêts vierges est superbe; les feuilles sont énormes, les tiges élevées, les fleurs d ’ un beau coloris. Mais point de parlum, le soleil sourit trop peu pour leur en donner. La steppe est merveilleusement parée au printemps, elle se présente aux regards comme un immense jardin émaillé de tu lipes et d ’ autres fleurs multicolores. Aussi vite qu ’ elles se sont épanouies, elles se fanent; fleurs d ’ un jour, eussent-elles été pai fumées que vous n auriez pas eu le temps de les sentir. Le soleil a tout brûle, saul les absinthes dont l ’ odeur âcre n ’ est pas un parfum. Mais les fleurs cultivées apportées de Russie qui se trouvent dans les rares parterres des fonctionnaires, des riches marchands, au tour des gares du Transsibérien, conservent leur senteur, et trans portées, acclimatées là-bas, elles ne semblent pas plus belles que les fleurs sauvages, nombreuses dans la steppe, vigoureuses dans les taïga, brillantes de coloris dans les montagnes; cependant, si nous nous penchons vers elles, nous leur trouvons ce qui manque à leurs sœurs sibériakes. Nous aimons le parfum de la fleur et souvent, fermant les yeux, nous en oublions la couleur, pour nous enivrer des arômes qu ’ elle répand. Les femmes sont sans âme en Sibérie. 11 serait plus exact de dire qu ’ en Sibérie, leur âme, comme les fleurs, est sans parfum, leur ame, comme les forêts, est muette et sans mélodie. En effet, le parlum des âmes est le charme qui s ’ en exhale; le chant des âmes est une vibration qui les rend admirablement poétiques et belles dans la tristesse ou la gaieté, quelque chose comme la musique du cœur, toujours mélodieuse dans ses accents. Mais n ’ oubliez pas que, même là où la femme semble ne pas avoir d’ âme, elle en a malgré tout. Si j ’ ai parlé de la majorité de celles qui n ’ en laissent pas soupçonner l ’ existence, il en est qui prouvent qu ’ il n ’ y a pas de règle sans exception. Dans la Sibérie devenue la Russie, on trouvera des fleurs aux enivrantes senteurs, des forêts égayées par le gazouillement des oiseaux et des femmes dont l ’ âme empruntera son caractère aux beautés austères, mais grandioses, de la nature, sa poésie au voisi-
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