Baye J. d., De Penza a Minoussinsk. souvenirs d'une mission. extr. de la Revue de geographie-1898
DE PENZA A MINOUSSINSK 53 p«tites branches de bouleau fourchues, avec des chiffons ou des lambeaux de fourrure aux extrémités. D ’ autres idoles sont plus significatives, par exemple, celles qui se composent de bandes d ’ étoffes de diverses couleurs juxtaposées formant comme une pe tite bannière, en haut de laquelle pendent un disque et un crois sant découpés dans une feuille de cuivre. Le disque représente le soleil, et le croissant, la lune; cette idole se nomme arc-en-ciel. Une autre idole aussi en chiffons, mais seulement de trois couleurs, ressemble à une cage de lanterne vénitienne. Pendue dans la iourte, elle protège la maternité, procure la santé aux enfants et est un gage que leur nombre ira grandissant. On vénère aussi des bandes de toile que l ’ on pend dans les iourtes à la place d ’ honneur; ces bandes sont ornées de dessins ou de morceaux de fourrure, toujours au nombre de trois. Parfois une simple peau d ’ hermine ornée de chiffons et de perles de verre sert d ’ idole aux Kiziltzy. Je terminerai cette énumération sommaire par l ’ idole représentant un oiseau, sculptée dans un morceau de bois noirci; au cou de l ’ oiseau sont attachés des chiffons. Cette idole, faite pour être suspendue, se nomme Koukouchka. H resterait encore bien des choses à vous dire sur les popula tions aborigènes du district de Minoussinsk et leurs coutumes; mais j ’ ai déjà trop abusé de votre attention pour m ’ arrêter à de nouveaux détails. Quittant Minoussinsk pour regagner Krasnoïarsk, puis Moscou, je repartais presque aussitôt de cette dernière ville pour la Transcaucasie. Je laissais l ’ hiver en Sibérie pour retrouver l ’ été en Géorgie. J ’ avais en deux mois parcouru près de 10,000 vers- tes durant mon voyage en Sibérie, je devais en faire encore 8,000 durant celui du Caucase. Les paroles prononcées par des personnages autorisés se trans forment promptement en proverbes. Il fut dit : « En Sibérie, les forêts sont muettes, les fleurs sans parfum et les femmes sans âme. » Les taïga sansdoute ne connaissent pas le gazouillement, léchant mélodieuxdel ’ oiseau quel ’ hommeaimeàentendre. Mais, plus tard, lecolonviendraets ’ il trouveque le terrain inviolépeut produire, il le dépouillera de ses arbres drus et élevés, de sa brousse épaisse, et, pour la première fois, le soleil parviendra jusqu ’ à la terre. C ’ est alors que l ’ homme vainqueur, déchirant le sol pour lui confier des se mences, chantera l ’ hymne de l ’ espoir. Les échos de la taïga dirai-
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