Baye J. d., De Penza a Minoussinsk. souvenirs d'une mission. extr. de la Revue de geographie-1898
44 DE PENZA A MINOUSSINSK Après avoir parcouru 30 kilomètres depuis notre départ de Krasnoïarsk, je mouillai le soir devant le couvent skyte où était attendu notre curieux voyageur; d ’ immenses feux éclairaient la berge; des torches à la main, les moines 1 apparaissaient comme des fantômes étagés sur la pente escarpée conduisant du bateau au monastère. Ces moines ne sortent guère de cette sauvage soli tude, surtout en hiver, caries ours sont nombreux en ces parages. L ’ abordage était réellement périlleux, tant à cause des difficultés naturelles que de celles provenant de la trop grande quantité d’ eau-de-vie prise au départ. Un proverbe russe dit : « Celui qui est ivre et qui a conservé son esprit est doublement agréable. » Dans le cas présent, l ’ ivresse avait un peu nui à l ’ esprit et à l ’ a grément mais avait ajouté une note piquante et originale. Nous n ’ avions fait que 3 kilomètres à l ’ heure. L ’ ancre fut jetée et nous passâmes la nuit en face du couvent, dans une cabine par fumée de l ’ odeur des poissons salés que le moine y avait oubliés. La navigation étant dangereuse la nuit, on s ’ arrête au coucher du soleil, là où l ’ on se trouve, jusqu ’ au lendemain malin. Le trajet entre Krasnoïarsk et Minoussinsk (500 verstes par eau) est très pittoresque. L ’ aller est beaucoup plus long que le retour, à cause de la rapidité du courant 2 . Sur ces rivages où la nature conserve ses droits séculaires, on rencontre peu de villages. Ici, des superbes forêts vierges s ’ éten dent à l ’ embouchure des rivières Mana et Karaoulnaïa. Les rares groupes de maisons sont généralement assis sur les points où les lÿontagnes s ’ éloignent des rives, où les anciennes alluvions for ment des terrasses. Dans certains villages, les Juifs sont nombreux, à Yésagache, par exemple. Lorsque notre bateau s ’ arrêtait pour prendre du bois ou laisser des marchandises, nous en profitions pour parcourir les maisons et recueillir des antiquités en bronze ramassées par les paysans. Russie. Mais cette formule ne lui convint pas, il me demanda de mettre à la place, ami de la Sibérie, car ici, m ’ a-t-il dit, on ne comprendrait pas. Je lui fis observer que la Sibérie faisait partie intégrante de la Russie, que se disant ami de celle-ci, on l ’ était en même temps de celle-là. Il ne voulut pas admettre mon raisonnement. Voilà bien l ’ esprit sibériak. 1. 11 y a 24 moines ; ils possèdent 15 décitines de terres. 2. En allant à Minoussinsk, on fait en moyenne 4 kilomètres à l ’ heure, en revenant 25 kilomètres.
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