Saint-Julien C. d., Voyage pittoresque en Russie. suivi d’un Voyage en Siberie par R. Bourdier-1854
S AIN T - P É T E R S BOURG. 73 resque, Tatars, Kalmouks, Kosaques, popes, marchands, moujiks, nourrices au rouge saraphane *, tout s ’ y trouve. A travers tout cela, les traîneaux étroits, pimpants et coquets, passent emportés par des trotteurs d ’ une merveilleuse vitesse. On en voit qui ont de grands filets de soie tendus sur l ’ avant : ce sont des remparts à jour contre les flots de neige soulevés par les pieds des chevaux, et quelquefois rudement lancés à la figure. Souvent on aperçoit entre ces équipages une voiture aux pan neaux d ’ azur, emportée par quatre chevaux gris-pommelé, et que désignent de loin deux grands valets de pied plantés à l ’ arrière en costume de Kosaques. Cette voiture , aux armes de Russie , est celle de l ’ impératrice. C ’ est ensuite un traîneau d ’ une remar quable simplicité , et que fait voler sur la neige un vigoureux cheval noir à la crinière ondoyante. Un militaire de haute sta ture est assis dans l ’ étroit véhicule. A son modeste manteau de drap gris, dont un vieux castor double le collet, à son attitude, au port de sa tête, à je ne sais quel indice qui ne se décrit pas, on a reconnu de loin l ’ empereur. Comme l ’ impératrice, il sort du palais Anilschkoff pour se rendre au palais d ’ Hiver. Quelque fois il fait arrêter son traîneau et se mêle parmi les promeneurs du bas-côté de la rue. A sa vue, les officiers de tous les grades s ’ arrêtent pour le saluer militairement en se découvrant l ’ épaule gauche : tout ce qui porte l ’ habit de ville le salue aussi avec em pressement, et lui de répondre à chacun avec une politesse grave et bienveillante. L ’ empereur Nicolas aime à se promener ainsi, seul, à pied, dans les rues de sa capitale. La Perspective de Nevsky et le quai Anglais sont celles qu ’ il affectionne. Mais il est défendu aux passants de l ’ aborder, de lui présenter des placets, de lui adresser la parole d'aucune sorte; la mesure est générale; j ’ ajoute qu ’ elle est nécessaire. S ’ il en était autrement, l ’ empereur ne pourrait Sorte de camisole d ’ une grande richesse, avec des broderies d ’ or ou d ’ argent.
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