Saint-Julien C. d., Voyage pittoresque en Russie. suivi d’un Voyage en Siberie par R. Bourdier-1854

58 VOYAGE EN RUSSIE. Il est inutile de dire que dès le point du jour, c’ est-à-dire dès trois heures du matin, la route de Péterhoff n ’ offre aux regards qu ’ une longue procession d ’ équipages de toutes sortes; le fleuve et le golfe qu ’ une suite ininterrompue de petites flottilles pavoisées de banderoles, de flammes, de pavillons, de rubans aux brillantes et flottantes couleurs. Ici les sillages d ’ argent se croisent, scin ­ tillent et s ’ éteignent sur les flots; ici les vagues écument aux flancs des pyroscaphes; ici la glace du golfe calme et luisante est à peine ridée par les légères embarcations qu ’ emporte une voile arrondie. Des chants nationaux partent delà plupart de ces yachts, de ces chaloupes, de ces bateaux à vapeur, et se mêlent à la voix plus éclatante des orchestres qu ’ ils portent ; ainsi on arrive dès le matin, on arrive toute la journée; les vastes solitudes des jar ­ dins impériaux se peuplent, la foule y grossit , elle devient in ­ nombrable , et l ’ on ne tarde pas à comprendre la cause de cette affluence. Le jour baisse, le crépuscule naît, toujours plus sombre sous le feuillage des grands arbres ; quelques points lumineux commen ­ cent à briller le long des allées; bientôt ils se multiplient, s ’ é ­ lèvent dans la voûte des arbres, se dessinent en guirlandes, se roulent en courbes, en spirales capricieuses, tracent des figures, des arabesques, mille fantaisies; en moins de quelques instants les feuilles des antiques tilleuls qui bordent les larges allées semblent s ’ être transformées en myriades d ’ étoiles scintillantes ; la nuit a été vaincue, elle a disparu de l ’ horizon : il y a là deux heures de prestige '. Vous avancez à travers cette féerie; les bas ­ sins où dort une nappe éblouissante et limpide renvoient, comme feraient de vastes miroirs , des milliers de rayons lumineux. Samson lance en face du château son jet colossal jusque dans les nues, et la lumière éclatante qui l ’ entoure, brisant ses rayons à 1 II ne faut point oublier que la nuit, le 1 er juillet, à Saint-Pétersbourg, ou plutôt le crépuscule qui en tient lieu , n ’ a encore que quelques heures de duréé.

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