Saint-Julien C. d., Voyage pittoresque en Russie. suivi d’un Voyage en Siberie par R. Bourdier-1854
46 VOYAGE EN RUSSIE. lantes et toutes les productions de l ’ univers. Les brillants oiseaux de l ’ Amérique voguent dans la Neva avec des bosquets d ’ oran gers ' ; ils retrouvent en arrivant la noix du cocotier , l ’ ananas, le citron et tous les fruits de leur terre natale. Bientôt le Russe opulent s ’ empare des richesses qu ’ on lui présente , et jette l ’ or sans compter à l ’ avide marchand. » Nous rencontrions de temps en temps d ’ élégantes chaloupes dont on avait retiré les rames, et qui se laissaient aller doucement au paisible courant de ces belles eaux. Les rameurs chantaient un air national, tandis que leurs maîtres jouissaient en silence de la beauté du spectacle et du calme de la nuit. « Près de nous, une longue barque emportait rapidement une noce de riches négociants. Un baldaquin cramoisi, garni de franges d ’ or, couvrait le jeune couple et les parents. Une musique russe, resserrée entre deux fdes de rameurs, envoyait au loin le son de ses bruyants cornets. Cette musique n ’ appartient qu ’ à laRussie 2, et c ’ est peut-être la seule chose particulière à ce peuple qui ne soit pas ancienne. Une foule d ’ hommes vivants ont connu l ’ in venteur 3 , dont le nom réveille constamment dans sa patrie l ’ idée de l ’ antique hospitalité , du luxe élégant et des nobles plaisirs. Singulière mélodie! emblème éclatant fait pour occuper l ’ esprit bien plus que l ’ oreille. Qu ’ importe à l ’ œuvre que les instruments sachent ce qu ’ ils font? Vingt ou trente automates agissant en semble produisent une pensée étrangère à chacun d ’ eux 4 ; le calcul ingénieux, l ’ imposante harmonie sont dans le tout. » A mesure que notre chaloupe s ’ éloignait, le chant des bate liers et le bruit confus de la ville s ’ éloignaient insensiblement. Le 1 L ’ expression n ’ est point hyperbolique. Dans le premier mois qui suit l ’ ouverture de la navigation, le quai de la douane ou son jardin est littéralement couvert d ’ oran gers, de lauriers-roses et autres arbres du Midi. * Voir dans madame de Staël : Dix ans d ’ exil. 3 M. de Narichkine. 4 Chaque musicien ne joue qu ’ une seule note.
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