Saint-Julien C. d., Voyage pittoresque en Russie. suivi d’un Voyage en Siberie par R. Bourdier-1854

506 VOYAGE EN RUSSIE. Tout alla bien pendant quelques jours, malgré un froid excessif qui n ’ atteignait pas moins de quarante degrés , cependant nos vivres étaient complètement épuisés sans que nous vissions appa ­ raître le village où l ’ on nous avait assuré que nous pourrions ravitailler notre petite caravane , et nous commencions déjà à concevoir quelque inquiétude, quand nos guides, pressés de ques ­ tions, se virent contraints de nous avouer qu ’ ils ne reconnais ­ saient plus la route et que nous étions égarés. Qu ’ on juge de notre position. Elle était d ’ autant plus critique qu ’ à la crainte de mourir d ’ épuisement et de faim, dans ces affreux déserts, avant d ’ avoir pu trouver un lieu habité, se joignaient encore les inconvénients d ’ un violent chasse-neige, dont le souffle glacé paralysait nos membres en même temps qu ’ il nous aveuglait par les tourbillons de neige qu ’ il nous fouettait au visage. Cette neige en mouvement, qui s ’ entassait dans les vallées et sous la ­ quelle nous courions risque d ’ être à chaque instant engloutis, nous avait contraints de cheminer sur les collines plates dont le pays est parsemé, et comme nos chiens avaient assez de peine de se tirer eux-mêmes de ce mauvais pas , nous étions descendus de traîneau, et nous suivions péniblement nos guides qui mar ­ chaient en avant en conduisant nos attelages en laisse. La nuit était déjà commencée : tout d ’ un coup je me sentis glisser sur la surface glacée d ’ une colline escarpée que nous étions en train de gravir et je roulai, sans pouvoir me retenir, jusqu ’ au pied du coteau où je m ’ enfonçai profondément dans un immense amas de neige que le vent y avait rassemblé. Je demeurai un instant sans mouvement à la place même où je m ’ étais englouti, mais bientôt, rappelé à la vie par le sentiment de la conservation, je parvins à m ’ arracher à moitié mort de mon tombeau de neige; je n ’ étais pourtant ni étouffé ni blessé, et je pus bientôt trouver assez de force pour appeler mes compagnons à mon secours; mais rien ne me répondit. Le chasse-neige, qui avait encore redoublé de violence, couvrait de ses mugissements

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