Saint-Julien C. d., Voyage pittoresque en Russie. suivi d’un Voyage en Siberie par R. Bourdier-1854

498 VOYAGE EN RUSSIE. chevaux pur sang, prendra sans doute en dédain notre humble traîneau tiré par seize misérables chiens, et se figurera difficile ­ ment les services importants que rendent à l ’ homme les utiles animaux dont je vais essayer de tracer le portrait. Le chien de la Sibérie diffère autant des charmantes levrettes et des délicieux King ’ s-Charles de nos élégants boudoirs, que leurs maîtresses dif ­ fèrent elles-mêmes des femmes samoyèdes ou yakoutes ; il ressemble au loup de nos forêts ; il a, comme lui, le museau long et pointu, la queue épaisse et ks oreilles effilées et toujours dressées; sa taille moyenne est de quatre-vingts centimètres de hauteur, sur quatre- vingt-onze de longueur; son aboiement ressemble au hurlement du loup ; ses habitudes, même à l ’ état de domesticité, sont presque sauvages; il demeure constamment en plein air; ingénieux à se garantir des rigueurs du froid aussi bien que des inconvénients de la chaleur, l ’ été il creuse des trous en terre pour s ’ y mettre à l ’ abri de la piqûre des moustiques, ou bien plonge dans l ’ eau et y passe des journées entières ; l ’ hiver, il se blottit dans la neige et ne laisse exposé à l ’ air que l ’ extrémité de son museau, qu ’ il a soin par excès de précaution de couvrir de son épaisse queue pour le préserver du froid. A défaut de chevaux, et malgré sa faiblesse, on a fait du chien une bête de trait, et toutes les peuplades répandues sur les côtes de l ’ Asie, depuis l ’ Obi jusqu ’ au détroit de Béring, le Groenland et le Kamtchatka, attèlent des chiens à leurs traîneaux, et entre ­ prennent avec ces seuls attelages de longs voyages dans lesquels ils transportent souvent les plus lourds fardeaux. L ’ éducation et le dressage de ces animaux est pour les habitants une des occupations les plus importantes. Aussitôt que les jeunes chiens ont atteint l ’ âge de huit ou neuf mois, on commence à les habituer au trait, en leur faisant faire de petites courses et traîner de légers fardeaux; mais ce n ’ est guère qu ’ à l ’ âge de trois ans que l ’ animal est complètement dressé, et qu ’ on est en droit d ’ attendre de lui de véritables services. Dans un attelage, c ’ est toujours le

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