Saint-Julien C. d., Voyage pittoresque en Russie. suivi d’un Voyage en Siberie par R. Bourdier-1854
470 VOYAGE EN RUSSIE. parts de hautes montagnes, elle porterait à la mer par son im mense embouchure un volume d ’ eau qui égalerait au moins le tribut payé par ses rivaux, si les glaces qui obstruent éternelle ment une grande partie de ses eaux n ’ en enchaînaient forcément le cours. Plaine sans bornes et sans accidents de terrain , à peine coupée çà et là par quelques montagnes d ’ une élévation médiocre, la Sibérie est mieux caractérisée par la description de ses eaux que par celle de la forme de son territoire. On y compte un grand nombre de lacs, dont le plus remarquable est le lac Baïkal. Ce lac, qui mesure cent cinquante lieues de longueur sur dix-huit de lar geur moyenne, avec ses îles multipliées dont la plus grande n ’ a pas moins de seize lieues de long, et ses phoques qui les fréquentent, a l ’ apparence et la physionomie d ’ une mer intérieure. La profon deur immense de ses eaux, leur transparence azurée, les tem pêtes redoutables qui les soulèvent en vagues écumantes, ajoutent , encore à cette ressemblance. Les peuplades qui habitent ses bords le considèrent d ’ ailleurs comme une véritable mer, et, dans leur respect exagéré et superstitieux, vont jusqu ’ à désigner le lac sous le nom de la Mer sainte, persuadés qu ’ ils sont, que s ’ ils avaient l ’ imprudence de le traiter de lac, le Génie qui commande à ses eaux ne manquerait pas de leui' faire expier leur sacrilège par les plus effroyables tempêtes. Les lacs, quelque nombreux qu ’ ils soient, ne sont cependant que la moindre partie des eaux stagnantes répandues sur le sol de la Sibérie ; des marais immenses, connus sous le nom de Toun dras, couvrent un espace bien plus considérable encore. La pente du terrain est si peu marquée dans la plus grande partie de ces steppes sans bornes, et à la suite des fontes de neiges, les inonda tions s ’ étendent si loin, que l ’ été trop court de ces hautes latitudes n ’ a pas assez de force pour en faire évaporer le reste. De là des miasmes délétères durant la saison chaude, et ces nuées de mous- quites qui devaient tant nous faire souffrir pendant le cours de
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