Saint-Julien C. d., Voyage pittoresque en Russie. suivi d’un Voyage en Siberie par R. Bourdier-1854
SAINT-PÉTERSBOURG. 37 Celui-ci fut inauguré au mois d ’ août de l'année 1834, en pré sence de cent mille soldats, parmi lesquels avaient été appelés tous les vétérans de 1812, 1813 et 1814. Ce fut un beau jour pour le pays que celui de cette solennelle inauguration, mais bien triste pour les Français, que la destinée avait poussés sur cette terre lointaine, car il leur rappelait les défaites de la patrie. C ’ est un souvenir qui pèse toujours sur la poitrine, mais qui, ce jour-là, en présence de cette fête à la mémoire du vainqueur, l ’ étouffait. Et cependant, je dois le dire avec franchise, les Russes ne s ’ enorgueillisent pas de ce triomphe, et le grand capitaine vaincu n ’ a pas cessé d ’ être pour eux l ’ objet d ’ une constante admiration. L ’ image de Napoléon décore leurs demeures ; on la trouve dans les hôtels les plus somptueux comme dans lés plus humbles isbas (maisons de paysans russes). 11 n ’ est pas un enfant des campagnes moscovites à qui son nom ne soit familier. Le souvenir des Fran çais de 1812 est demeuré sans amertume dans la mémoire de ce peuple excellent. — Que signifie le mot kamérad? me demandait un jour un petit marchand deTver, que le hasard m ’ avait donné pour compagnon sur la route de Moscou. — Vous voulez dire camarade, sans doute ? — Oui, monsieur, camérad, répondit-il en s ’ efforçant de recti fier sa prononciation. Je satisfis à sa demande. — Pourquoi me faites-vous cette question ? — Parce qu ’ en 1812 les soldats français, logés chez mon père, me prenaient sur leurs genoux (j ’ étais un petit garçon) en m ’ ap pelant leur jeune camarade. — Quel souvenir avez-vous gardé de ces Français ? Vos parents eurent-ils à s ’ en plaindre ? — Oh! non, monsieur, c ’ étaient de bons compagnons (dobri
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