Saint-Julien C. d., Voyage pittoresque en Russie. suivi d’un Voyage en Siberie par R. Bourdier-1854

SAREPTA. 339 établies dans quelques-uns de nos pays occidentaux. 11 y a encore des bâtiments particuliers pour les différents travaux industriels: une distillerie d ’ eau-de-vie, une manufacture de tabac, une autre de savon et de chandelles, une autre encore pour divers tissus, pour la toile, pour la soie et le velours. Ceci est une grande communauté dont le travail, la méthode et l ’ obéissance forment les lois principales. L ’ idée religieuse v do ­ mine. On sait que l ’ Union morave est une secte; mais les jeunes gens, ne prononçant point de vœux, peuvent se marier, seulement ils doivent en obtenir l ’ autorisation de leurs supérieurs, qui ne la leur donnent, m ’ a-t-il été assuré, que le plus tard possible. Il paraît qu ’ il fut un temps où, dans ces mariages, rien n ’ était accordé au penchant des cœurs, aux sympathies, aux préférences mutuelles; l ’ austérité morave repoussait tout ce qui aurait pu rappeler la tendresse ou l ’ amour ; les mariages étaient donc tirés au sort : je veux dire qu ’ au sort était laissé le soin de désigner les couples, d ’ où, comme on peut bien le penser, les unions les plus bizarres et les plus discordantes. Ainsi, il n ’ était pas rare de voir le jeune homme encore imberbe tomber sur une fille émérite, qui aurait pu être sa mère, ou une belle enfant, à peine nubile de la veille, devenir le partage de quelque vieux garçon mal bâti. Ici, jamais d ’ oisiveté : l ’ emploi du temps est réglé pour tous. Les enfants n ’ échappent point à la loi commune. Le même esprit embrasse la colonie, qui a l ’ air de ne former qu ’ une grande famille. Ses ouvriers sont habiles et nombreux, et ses fabriques par ­ faitement dirigées, aussi tous ses produits sont-ils de première qualité, et tout s ’ y vend-il fort cher et à prix fixe ; c ’ est d ’ ailleurs ce qui a lieu dans tous les établissements de l ’ Union des frères moraves. On trouve à Sarepta d ’ excellent tabac, qui est cultivé avec suc ­ cès sur les bords de la Sarpa, dont le terrain paraît lui convenir merveilleusement, et du vin qui, pour être du crû, est, je vous

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