Saint-Julien C. d., Voyage pittoresque en Russie. suivi d’un Voyage en Siberie par R. Bourdier-1854
SAINT-PÉTERSBOURG. 23 certes, le voyageur étonné est loin de songer qu ’ aux mêmes lieux on n ’ eût distingué, il y a à peine un siècle et demi, que de vastes marais couverts de bois et traverses par un fleuve solitaire, dont le cours, continuellement obstrué par les herbes et le sable qu ’ il entraînait, répandait ses eaux parmi les algues de ses rives, où il entretenait des miasmes putrides. C ’ était un désert humide et malsain, jusqu ’ au moment où l'hiver venait le changer en un désert de glace. Or, ce désert appartenait à la Suède ; il fallut la vaincre pour le lui arracher ; il fallut vaincre ensuite le désert , c ’ est-à-dire des sécher les bas-fonds, consolider les vases, percer les bois, purifier les airs, créer, si l ’ on peut dire, un sol où pût s asseoir une ville, et une atmosphère où pût respirer un peuple 1 ; c ’ était un miracle à faire; il fut fait parla volonté d ’ un homme, mais d ’ un homme qui commandait à une nation disciplinée. J ’ ai déjà fait remarquer dans l ’ introduction qui précède ces pages , et il n ’ est peut-être pas hors de propos de rappeler ici que nous avons, à l ’ endroit de la Russie, des opinions beaucoup trop absolues et parfaitement erronées; nous les tenons de Voltaire, qu nous en a tant donné de fausses. C ’ est ainsi qu ’ il nous fait consi dérer le fondateur de Saint-Pétersbourg comme le premier prince moscovite qui ait eu l ’ idée d ’ introduire en Russie la civilisation occidentale; c ’ est une erreur. Lorsque Pierre I er entreprit de donner à la Russie la civilisation des peuples européens, il ne fit que développer la pensée de Jean 111, de Jean IV , de Roris-Godon- noff, et surtout de son père, le tsar Alexis; mais, doué d ’ un génie que n ’ avaient pas eu ces princes, il mit, si l ’ on peut dire, la civi lisation à l ’ ordre du jour, et la décréta par un oukase. Ajoutons que la force des choses poussait la Russie dans les voies occiden- 1 En 1614, une maladie contagieuse, produite par les miasmes pestilentiels qui s ’ exhalaient des marais de l ’ Ingrie, emporta toute la garnison d ’ une forteresse sué doise (Santzer Nya) qui gardait cette province. Deux soldats seuls furent épargnés.
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