Saint-Julien C. d., Voyage pittoresque en Russie. suivi d’un Voyage en Siberie par R. Bourdier-1854

310 VOYAGE EN RUSSIE. Rhône et de la Seine, car on y trouve de l ’ espace, de la propreté et du confort. C ’ est qu ’ en Russie on n ’ en est pas encore venu à considérer un voyageur comme un colis, ni à penser qu ’ on puisse le transporter comme une caisse de thé ou un baril de caviar. Mais à Razan, je fus obligé de monter sur'un remorqueur qui s ’ en retournait avec des marchandises de Nijni et une collection de passagers, la plus curieuse qu ’ on pût voir, par la diversité de races, de teints, de costumes et de physionomies. Il y avait des Tatars qui allaient à Saratoff, des Cosaques qui se rendaient à Donbowsky, des Rirghiss qui gagnaient Stavropol, d ’ autres Sa- mara, enfin des Ralmouks qui poussaient jusqu ’ à Astrakhan, sans parler des Russes qui devaient s ’ arrêter à différents endroits. J ’ avais retenu ma place pour Simbirsk, accompagné d ’ un domes ­ tique qui me fut d ’ un grand secours durant le reste de mon voyage, car dans ce pays, lorsqu ’ on descend à un débarcadère on ne trouve ni omnibus, ni commissionnaires, ni facteurs d ’ au ­ cune sorte; d ’ ailleurs Hilarion, c ’ était le nom de mon serviteur, réunissait, comme la plupart des Russes de sa classe, les talents les plus divers : il était à la fois cuisinier, tailleur, coiffeur, et un peu chirurgien. Je n ’ eus pas à mettre à l ’ épreuve ce dernier talent, mais je lui dus plus d ’ un dîner passable, dans un pays qui ne brille pas par l ’ art culinaire ; il répara plus d ’ un accident ar ­ rivé à mon costume de voyage, et plusieurs fois ses ciseaux de coiffeur me coupèrent fort proprement les cheveux. D ’ ailleurs adroit en toute chose, intelligent, robuste, bien découplé et plein de bonne volonté. Mes compagnons de voyage étaient taciturnes : s ’ il leur arrivait de parler, ce n ’ était jamais qu ’ avec ceux de leur race. Cependant grâce à Hilarion, qui leur dit ma nationalité, je parvins à échan ­ ger quelques phrases avec plusieurs Tatars et un Kirghiss; ils me parlèrent de leur négoce : le Kirghiss habitait un ouloups sur les bords de l ’ Oural; il venait de vendre de la laine à Nijni; il avait d ’ immenses troupeaux dans les steppes de l ’ Oural et force cha-

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