Saint-Julien C. d., Voyage pittoresque en Russie. suivi d’un Voyage en Siberie par R. Bourdier-1854

NIJNI-NOVGOROD. 255 11 N IJ N l-NOVGOROD. Le mot de Nijni ou Nijnei, qui signifie en russe inférieure, a été ajouté au nom de cette ville pour la distinguer de l ’ autre Nov ­ gorod, de celle que nous connaissons, de celle qui fut Novgorod la Grande. Singuliers caprices de la fortune! l ’ antique et puis ­ sante cité républicaine, cette cité si pompeusement qualifiée dans l ’ histoire, est tombée, s ’ est amoindrie, s ’ est effacée au milieu des nouvelles destinées de l ’ empire, tandis que la Novgôrod infé ­ rieure, ou Nijni, comme l ’ appellent simplement les Russes, est devenue aujourd ’ hui la ville riche, la ville animée, la ville im ­ portante : elle est importante en effet par sa position, son com ­ merce et sa foire. On lit sur le fronton d ’ une de ses églises grecques, peut-être la plus ancienne après celle de Novgorod et celle de Kieff : « Les Morduans possédèrent un jour Nijni et firent de fré ­ quentes incursions sur son territoire; le prince tatar Arapcha, après avoir défait les Russes sur les bords de la Piana, la prit et la brûla. » On voit peu de villes affichant ainsi au fronton de leurs temples les plus tristes pages de leur histoire. Je trouve cepen ­ dant l ’ orgueil du silence moins expressif que celui de l ’ aveu. Voici comment je traduis l ’ inscription qu ’ on vient de lire : « Étrangers, voyez d ’ où je suis partie, voyez où je suis arrivée, et admirez... » Cet orgueil me paraît d ’ ailleurs aussi juste que légitime. Quoi qu ’ il en soit, comme toutes les villes de Russie, Nijni eut des vicissitudes sanglantes, surtout par sa position sur les fron ­ tières des peuples barbares qui harcelaient ces malheureuses cités. Fondée en 1222 ou 1227, par le prince Youryi-George, sur les

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