Saint-Julien C. d., Voyage pittoresque en Russie. suivi d’un Voyage en Siberie par R. Bourdier-1854
222 VOYAGE EN RUSSIE. tendu parler de l ’ auteur de Tartufe et le lui avait recommandé. Vint le souper. Quelque chose de pantagruélique. Quelles pièces ! quels plats ! quelle abondance ! Et le vin, le champagne surtout ! Si je ne me fusse bravement arrêté, au risque de choquer l ’ hospitalité de mes dignes hôtes, je ne serais sorti de là que grisé. J ’ en sortis avec une forte migraine. Je quittai Moscou. Dix ans se passèrent sans que je revinsse dans cette ville, lorsqu ’ en 1845 je voulus la revoir avant de quitter la Russie. C ’ était encore pendant l ’ hiver. Le hasard me fit ren contrer le même jeune homme; il était actuellement lieutenant- colonel. Le hasard voulut aussi que ce fût la veille d ’ une autre soirée donnée par ses parents, et il m ’ y invita d ’ une manière si cordiale, qu ’ il y aurait eu mauvaise grâce à refuser. C ’ était toujours dans le labyrinthe du quartier perdu dont j ’ ai parlé; mais cette fois, la porte de la maison était illuminée, et bon nombre de voitures et de traîneaux, stationnés sur les deux côtés, annonçaient qu ’ il y avait réception ce soir-là. Tout avait pris un nouvel aspect» Un large tapis recouvrait les dalles de l ’ escalier, généreusement éclairé. 11 n ’ y manquait que des fleurs. L ’ appartement avait subi une distribution plus commode. Dans l ’ antichambre, les domestiques avaient une tenue décente. L ’ or chestre n ’ obstruait plus la porte du salon ; cette pièce, ruisselante de lumières, était meublée et décorée dans le meilleur goût. Toutefois il n ’ y avait d ’ autres tableaux que le portrait barbu que nous avons remarqué. Les maîtres de la maison étaient tou jours les mêmes, simples et bons, mais ils avaient un peu vieilli. Les toilettes des dames avaient subi comme le reste une transfor mation complète ; elles étaient riches , élégantes et variées. La bonne et le vase de confitures avaient disparu pour faire place à des valets de chambre en habit noir et gantés de blanc, qui por taient des plateaux chargés de glaces et de fruits confits de pre mière qualité. L ’ orchestre , convenablement placé , ne gênait personne. Les jeunes gens étaient plus alertes. Dans leurs con-
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