Saint-Julien C. d., Voyage pittoresque en Russie. suivi d’un Voyage en Siberie par R. Bourdier-1854

206 VOYAGE EN RUSSIE. d ’ eux a droit de revendiquer dans le grand événement qu ’ ils rappellent, la plus grande serait sans contredit celle du bourgeois. — On sait qu ’ à la suite des guerres civiles qu ’ avait entraînées l ’ usurpation de Boris - Godounoff et les apparitions des faux Dmitri, Moscou était tombée aux mains des Polonais qui y ré ­ gnaient en maîtres. — Le pays divisé, vaincu et sans force, s ’ affaissait et ne songeait plus à la délivrance. 11 fallait pour cela une armée et un chef; mais il fallait surtout l ’ homme qui pût créer l ’ armée et lui donner ce chef : cet homme fut Minine, ce boucher de Nijni-Novgorod. 11 s ’ adressa au patriotisme de ses concitoyens et le réveilla. L ’ armée fut levée; puis il s ’ adressa au prince Pojarsky, et lui dit : « Prends-en le commandement et chasse les Polonais. » Le prince Pojarsky chassa les Polonais (1610). Le groupe en bronze qui représente les deux héros est de grandeur colossale; la composition en est simple, mais expressive. Le prince est assis, vêtu à l ’ antique, armé de son épée et la main gauche appuyée sur Son bouclier. Minine est debout, la main posée sur le fer du prince j son bras droit est levé; on voit qu ’ il invoque son secours et le somme de voler au salut de la patrie. Cette statue est pleine de vie, elle est animée, elle respire; elle est l ’ âme du groupe, l ’ idée tout entière du monument. Et en ceci, le statuaire, M. Martoss, a réellement saisi le côté héroïque de son sujet, et l ’ a reproduit avec un talent de premier ordre. Les bas-reliefs du piédestal sont relatifs au même fait, dont ils reproduisent divers détails. L ’ inscription est simple : « Au bour ­ geois Minine et au prince Pojarski, la Russie reconnaissante; l ’ an 1818. » Cette inscription est en russe. Sur la même place, on aperçoit une sorte de tribune entourée d ’ un mur circulaire et dont l ’ origine et l ’ usage sont assez contro ­ versés. Gela s ’ appelle le Lobnoïé-Mesto. La traduction de ce mot, s'il faut en croire M. Le Cointe, est Capitole, et d ’ après une tra ­ dition populaire on l ’ aurait appelé de ce nom, parce que, dans une fouille, on aurait trouvé en cet endroit des crânes humains (lob

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