Saint-Julien C. d., Voyage pittoresque en Russie. suivi d’un Voyage en Siberie par R. Bourdier-1854

MOSCOU. 187 loppaient encore les ombres de la barbarie un monument que n ’ eût point désavoué le saint roi; ce sont des paroles suprêmes: les derniers conseils du grand prince à ses enfants. On me saura peut-être gré d ’ en citer ici quelques lignes, qui pourront fournir le sujet d ’ un rapprochement intéressant et curieux. « En approchant de la tombe, écrit le digne vieillard, je rends grâce au Tout-Puissant d ’ avoir prolongé mes jours. Sa main m ’ a conduit à une vieillesse avancée. O vous, mes chers enfants, et tous ceux qui liront cet écrit, observez bien les maximes qu ’ il renferme. Mais si votre cœur ne les approuvait pas, ne blâmez pas mes intentions, contentez-vous de dire : Déjà l ’ esprit du vieillard a perdu sa vigueur. « La base principale de toutes les vertus est la crainte de Dieu et l ’ amour de l ’ humanité. O mes enfants, louez Dieu et aimez les hommes. N ’ oubliez point les pauvres et nourrissez-les; servez de père aux orphelins; jugez vous-même les veuves, et ne laissez pas aux puissants le droit d ’ opprimer les faibles. Ne portez pas envie aux triomphes des méchants ni au succès de la perfidie, et redoutez le sort des impies. N ’ abandonnez pas les malades; que la vue des morts ne vous cause aucune frayeur, car nous mourrons tous. Chassez de votre esprit et de votre cœur toutes les suggestions de l ’ orgueil, et songez que nous sommes tous périssables : aujour ­ d ’ hui pleins de vie, demain dans le cercueil. Ayez en horreur le mensonge, l ’ ivrognerie et la débauche, vices également dangereux pour le corps et pour l ’ âme. Ayez pour les vieillards le même respect que pour vos propres parents ; aimez les autres hommes comme vos frères... Respectez surtout les étrangers de quelque qualité, de quelque rang qu ’ ils soient, et, si vous n ’ êtes pas à même de les combler de présents, prodiguez-leur au moins des marques de bienveillance, puisque c ’ est de la manière dont ils sont traités dans un pays que dépend le bien ou le mal qu ’ ils en disent en retournant dans le leur. Ne redoutez ni la mort ni les bêtes sauvages; conduisez-vous avec bravoure dans toutes les

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