Saint-Julien C. d., Voyage pittoresque en Russie. suivi d’un Voyage en Siberie par R. Bourdier-1854
MOSCOU. 181 l ’ invasion française, qui n ’ y trouva qu ’ un désert fumant, le Kremlin reçut quelques blessures profondes, mais demeura tou jours ferme et debout sur sa base, et depuis longtemps, on cher cherait en vain la trace de ces blessures 1 . « Le Kremlin, dit l ’ historien russe, est palpitant de souvenirs historiques. C ’ est là que Dmitri Donskoï déploya son drapeau noir en marchant contre le chef des armées tatares, le farouche Mamaï ; là que Jean III foula aux pieds l ’ image du khan, à laquelle les grands princes étaient obligés de rendre un honteux hommage. La souveraineté y commença et s ’ y fortifia, non pour l ’ intérêt particulier des princes, mais pour le salut de leurs peuples... c ’ est par la porte vénérée de Spasskoï qu ’ entra Vassili Schonisky, tenant d ’ une main la croix et de l ’ autre le glaive pour abattre l ’ imposteur. On montre la place où tomba le faux Dmitri, en sautant par l ’ une des fenêtres qui se trouvent derrière le palais. C ’ est sur les parois de l ’ église de l ’ Assomption que le jeune tsar Michel 2 versa des pleurs amers, tandis que les Russes baisaient ses pieds en pleurant de joie...» En effet, tous les grands drames historiques, tous les grands événements, les grandes révolutions de l ’ ancienne Moscou ont eu pour théâtre le Kremlin : c ’ est là qu ’ éclata, entre autres, cette ter rible péripétie, ou si l ’ on aime mieux le dénoùment de cette am bitieuse aventure, un instant triomphale et couronnée, du moine hardi dans lequel le peuple crut avoir retrouvé l ’ héritier légitime de ses tsars. En vain le clergé, en vain les boyards avaient reconnu le fils de Boris-Godounoff, la multitude acclamait Dmitri , c ’ est- à-dire Otrépief, le moine dont je viens de parler 3 . Les portes du Kremlin lui furent donc ouvertes, et l ’ aventurier 1 Ce fut l ’ arsenal qui souffrit le plus du jeu des mines françaises, et ensuite l ’ église et la tour d ’ Ivan Veliki, dont la croix même fut enlevée avec une grande quantité d ’ argent. La croix se retrouva parmi les bagages abandonnés dans les neiges, pen dant la désastreuse retraite de nos armées. 5 Michel Romanoiï. Voy. l ’ Introduction de cet ouvrage. 3 Voir l ’ Introduction, page 12.
Made with FlippingBook
RkJQdWJsaXNoZXIy MTY3OTQ2