Saint-Julien C. d., Voyage pittoresque en Russie. suivi d’un Voyage en Siberie par R. Bourdier-1854
160 VOYAGE EN RUSSIE. saison, se répète chaque soir jusqu ’ à ce que les foins aient été remisés sous de grands hangars. Les Russes aiment les fêtes ; il n ’ est pas une récolte qui n ’ ait la sienne. Ainsi, les foins, les moissons, les pommes, sont autant d ’ occasions de solennités champêtres. Quoi de plus naturel et de plus charmant que de reconnaître par ces naïves et simples réjouissances la bonté de la Providence et la fécondité de la na ture ! XXU Départ de Nikolsky. — Physionomie plus accentuée du pays. • — Le conducteur et le pos tillon. — Tver. — Première vue du Volga. — Complication historique. — Un trait de ses annales. — Aspect actuel. — La petite ville de Kline. — Arrivée à Moscou. En quittant Nikolski pour aller à Torjok attendre le passage des diligences de Saint-Pétersbourg et continuer ma route jusqu ’ à Moscou, je me souvins de cette parole dont madame L... avait accueilli mon arrivée chez elle : « Et pour le reste, monsieur, vous serez de la maison. » Je m ’ étais si bien identifié à la vie douce et facile de cette aimable famille, à cette vie d ’ intelligents loisirs, où le cœur et l ’ esprit avaient tant de part, que j ’ avais fini par me croire effectivement de la maison; et ce ne fut pas sans une douleur réelle que je me séparai de mes hôtes. C ’ était comme un pressentiment secret et funeste, comme si j ’ avais com pris que je ne devais plus les revoir! J ’ arrivai cependant à Torjok, où je n ’ attendis pas longtemps les diligences. Mais une seule place était vacante, une place de banquette. Il fallut s ’ en accommoder, et, faute de mieux, grimper jusqu ’ à celte étroite cage de cuir qu ’ on appelle cabriolet. Eh bien! pensai-je stoïquement, j ’ en embrasserai mieux la vue du pays.
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