Saint-Julien C. d., Voyage pittoresque en Russie. suivi d’un Voyage en Siberie par R. Bourdier-1854

LA FINLANDE. 129 nées par les hivers : la vie en a disparu , la mort et le silence ont pris sa place. Ces flots que les brises ridaient, que les vents soulevaient, que labouraient les rudes carènes des navires, où se balançait la voile grise du pêcheur aventureux, sont immobiles et solitaires : ils n ’ offrent plus à l ’ œil qu ’ un mornedésert, sur lequel se déroulent les rudes plis d ’ un immense manteau de neige. Et ce désert de glace, ce silence, cette solitude, enveloppent Arkhan- gel et son golfe jusqu ’ au mois de juin. Cette année, par exemple, le premier vaisseau est arrivé le 28 mai, et le 2 juin on n ’ en comp ­ tait encore que sept ou huit dans le port, après que les ranschines (cabotiers) de la mer Blanche furent arrivés chargés de morue. Je n ’ avais pas vu de Lapons à Tornéo. Je fus plus heureux à Ar- khangel, j ’ y vis des Samoièdes. Ils étaient venus de cinq à six cents verstes de là apporter de l ’ huile de poisson à quelques marchands russes. Ils avaient le visage plat et rond avec des lèvres larges et retroussées, ce qui leur donnait une expression repoussante. Ils étaient trapus et cependant leur taille ne manquait pas de pro ­ portions. Leur tête couverte d ’ une sorte de bonnet en fourrure de renard blanc, qui leur dessinait le masque, laissait à peine passer quelques mèches de cheveux rudes et noirs. Leur vêtement consis ­ tait en une sorte de robe en peau de renne, qu ’ une forte ceinture de cuir fixait à leur taille au moyen de deux anneaux de fer. Ils avaient des espèces de haut-de-chausses également en peau de renne, avec des chaussures de la même peau grossièrement fabriqués par eux. Les Lapons ont leurs premiers établissements sur les bords du Mézen, fleuve considérable qui, à cinq ou six cents verstes d ’ Arkhan- gel, se jette dans la mer Glaciale. C ’ était de là qu ’ arrivaient ceux que le hasard me permettait de voir, et qui me parurent fort sales, fort laids et fort insignifiants : ce peuple en vérité ne me paraît guère mériter les nombreuses dissertations qu ’ on a élucubrées à leur endroit. Je n ’ en dirai pas davantage ici à leur sujet, devant naturellement y revenir quand il me faudra jeter les yeux sur les differentes races qui peuplent la Sibérie. 9

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