Saint-Julien C. d., Voyage pittoresque en Russie. suivi d’un Voyage en Siberie par R. Bourdier-1854
122 VOYAGE EN BESSIE. commerce, car elle peut communiquer par sa rivière , et l ’ Onéga avec le Ladoga et Saint-Pétersbourg, d ’ un côté, et de l ’ autre, avec le Volga par le canal de Ladoga , conséquemment avec les provinces méridionales de l ’ empire. Nous poursuivons notre route, toujours dans la direction de l ’ est. Je demande à mon compagnon pourquoi nous n ’ avons pas pris dès Vytégra celle du nord. 11 a fallu éviter les landes maré cageuses et un sol presque partout aride et mouvant. Nous n ’ en fuyons pas moins à travers un désert de glace, ondulé çà et la de quelques collines sur lesquelles viennent s ’ ébattre à notre pas sage des nuées de corbeaux criards aux grandes ailes noires. Leurs croassements stridents, descendant du ciel, devenu gris et terne, donnent à ces espaces sans lin je ne sais quoi de sinistre et de so lennel. On eût dit qu ’ il y avait dans ces cris désolés une menace ou un avertissement que nous ne comprenions pas. Bientôt nous pénétrons dans une forêt profonde. U est midi : le soleil vient de percer la brume de glace qui le cachait, et fait scintiller comme une poussière de diamants le givre qui charge les arbres. Cette couche de frimas légère et souple se moulait sur la forme des branches, s ’ arrondissant en panaches mobiles sur la tête des bou leaux flexibles, se frangeant en festons aux palmes des sapins sécu laires, s ’ étendant en ouate étincelante sur la cime des érables. C ’ était un spectacle inouï, un rêve, quelque chose d ’ étrange, de merveilleux, qui troublait l ’ esprit et éblouissait les regards. Ces grands fantômes blancs passaient, passaient sans cesse, et notre course avait beau redoubler de vitesse, toujours de nouveaux fan tômes leur succédaient. Tout à coup je fus vivement tiré de cette hallucination fantas tique par un hurlement de sinistre augure : notre cocher adressa au même instant une chaleureuse allocution à ses bêtes, qu ’ il poussa de plus belle. Nous allions follement : je voulus savoir ce qui se passait; et malgré les instances de mon compagnon, qui me di sait de ne m ’ inquiéter de rien, j ’ avançai la tête hors du traîneau.,
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