Saint-Julien C. d., Voyage pittoresque en Russie. suivi d’un Voyage en Siberie par R. Bourdier-1854

120 VOYAGE EN RUSSIE. gnon de route; mais la chose n ’ était pas aisée : toutefois, la chance me fut favorable. Un jeune homme nouvellement attaché au gym ­ nase d ’ Arkhangel, ayant appris mon désir, vint me proposer lui- même de m ’ accompagner. Nos préparatifs furent bientôt faits. Nous voici munis d ’ un podorojna pour trois chevaux et d ’ un bon traîneau couvert où nous plaçons nos valises, après quoi , parfaitement enveloppés de four ­ rures de la tête aux pieds, nous nous y plaçons nous-mêmes. Ce véhicule, à demi rempli de foin pour nous mieux garantir du froid, était une sorte de caisse fort légère, avec une capote de cuir, et fixée sur des patins. Cela s ’ appelle une kibitka. C ’ était par une magnifique journée de décembre; le ciel était clair, le froid sec : — dix degrés à peine. — Notre cocher, pitto ­ resquement coiffé, sur l ’ oreille, du petit chapeau russe aux bords retroussés autour de la forme, avec une couronne de plumes de paon qui lui donnait l ’ air brave et coquet au possible, s ’ était placé obliquement sur son siège, serrant les rênes d ’ une main et tenant de l ’ autre son fouet de cuir à la longe écourtée, en attendant l ’ ordre du départ. Un signe lui suffit. Il lâcha aussitôt les guides, exci ­ tant de la voix les trois chevaux, qui partirent comme une flèche. Nous traversâmes ainsi les larges rues de la capitale, et, ayant franchi la barrière de Schlüsselbourg ', nous prîmes à l ’ est dans la direction de cette forteresse, bâtie sur une île au milieu de la Néva, à l ’ endroit où le fleuve sort du Ladoga. La nuit était profonde lorsque nous arrivâmes à la station de Schlüsselbourg, bien qu ’ il ne fût pas encore six heures; il y en avait quatre à peine que nous avions quitté Saint-Pétersbourg. Cinq heures plus tard , nous relayions à Novaïa-Ladoga , petite ’ Cette forteresse, bâtie d ’ abord par les Novorodiens contre les Suédois, fut appelée Orêchek. Les Suédois l ’ ayant reprise sur les Russes lui donnèrent le nom de Noote- borg. Bien des fois encore elle changea de maîtres, passant et repassant des Suédois aux Russes et des Russes aux Suédois, jusqu ’ à ce que Pierre le Grand en lit défini ­ tivement la conquête. 11 lui donna le nom de Schlüsselbourg.

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