Saint-Julien C. d., Voyage pittoresque en Russie. suivi d’un Voyage en Siberie par R. Bourdier-1854
102 VOYAGE EN RUSSIE. C ’ était une nuée de corbeaux qui s ’ étaient réfugiés sur ce bois et que les flammes chassaient de leur retraite. Il fallait voir ce colossal incendie aux prises avec une forêt en tière etune forêt résineuse ; ces silhouettes humaines qui se ruaient autour ; ces grands oiseaux dont les ailes se découpaient sur les flammes en lugubres losanges, tandis que leurs cris de désespoir perçaient la nue, et puis partout au loin le désert silencieux !.. Je ne sais combien l ’ incendie mit de temps à achever son œuvre de destruction... 11 fallut reprendre notre route. Mais plus d ’ une fois nous retournâmes la tête pour voir ses gerbes de feu s ’ élever sur la cime des bois, et aller rougir la voûte du ciel, dont les re flets ardents éclairaient la contrée. Cependant une nouvelle sensation vint bientôt nous saisir. Un mugissement lointain avait frappé notre oreille. Nous fîmes arrê ter. Le mugissement s ’ éleva solennel au milieu du silence : c'était le bruit de la chute d ’ Imatra. Une heure après, nous étions arrivés sur les bords du Vuoksa, au relai de Sitóla. Nous achevâmes la nuit sur une botte d ’ herbes fraîches. Il n ’ y avait pas d ’ autre lit. Sitóla est un petit hameau paresseusement assis sur les bords du Vuoksa, entre deux cataractes distantes d ’ à peine trois cents pas l ’ une de l ’ autre. C ’ est celle qui est en aval du hameau qui forme la grande chute du fleuve. Ceci n ’ est pas rigoureusement une cataracte, c ’ est quelque chose de plus menaçant. Les géogra phes appellent ces sortes de phénomènes des rapides. Voici une exquisse succincte de celui-ci, connu dans le pays et jusqu ’ à Saint-Pétersbourg sous le nom de cataract edlmatra. Le Vuoksa, en quittant Sitóla, baigne des rives pittoresquement gazonnées sous de frais ombrages, jusqu ’ à un endroit où de sa nappe on voit surgir une île calme et brillante, semblable à une corbeille verdoyante, dont il reflète les ombrages flottants; puis il resserre soudainement ses eaux, dont il présente la masse entière à la bouche d ’ un abîme. Il faut se figurer ici qu ’ un jour, en creusant son lit dans la vallée,
Made with FlippingBook
RkJQdWJsaXNoZXIy MTY3OTQ2