Baye J. d., De Penza a Minoussinsk. souvenirs d'une mission. extr. de la Revue de geographie-1898
36 ÜE PENZA A M1N0USSINSK nivelé tant bien que mal par les morceaux de bois qu ’ on y engloutit. Quelles demeures primitives! beaucoup sont construites de carreaux de terre, d’ écorces de bouleaux. Autour d ’ elles, les troncs des arbres abattus émergent d ’ un demi-mètre et même d ’ un mètre de terre, et témoignent la récente date du village. Ils rendent le passage entre les maisons difficile le jour, dangereux la nuit. Il n ’ y a de fanar, c ’ est-à-dire de lumière, qu ’ à la porte de deux débits d ’ eau-de-vie. Tout le reste est plongé dans la plus profonde obscurité. La nuit, des coups d ’ armes à feu partent de certaines maisons pour faire savoir qu ’ elles sont habitées par des gens armés. Les employés du chemin de fer disent qu ’ il ne fait pas bon s ’ aventurer aux heures tardives dans ce milieu sauvagement hanté. Je fus frappé en visitant de jour ces demeures construites en désordre. Le silence morne de la taïga qui les emprisonne pla nait sur elles. Il semblait que l ’ homme s ’ y trouvait contre le gré de la nature, avec rien de ce qui charme, avec rien de ce qui accompagne son habitat. La taïga est muette; l ’ oiseau n ’ y vit pas, n ’ y chante pas, n ’ y niche pas, la vie n ’ existe dans ces immenses bois que pour les géants des animaux. Cependant, cette année, je vis au ciel une hirondelle. N ’ est-elle pas venue là pour apporter un rayon d’ es poir ? Messagère aérienne qui fera parfois tourner les regards vers les régions élevées, qui fera peut-être battre le cœur égaré ou endurci de ces hommes qui verront désormais l ’ hirondelle de la taïga ! La végétation impénétrable constitue une barrière infranchis sable aux rayons du soleil. Dans la taïga, à hauteur d ’ homme, en été, à midi, le thermomètre ne monte pas à plus de 5 degrés au- dessus de zéro. En hiver, il atteint 45 degrés de froid pendant plu sieurs jours; ne marque pas moins de 25 degrés et la moyenne est de 30 à 35 degrés. En été, la terre ne dégèle pas dans la forêt à plus d ’ une demi-archine de profondeur; aussi les racines des arbres poussent-elles horizontalement. J ’ ai rencontré à la station Taïga un très aimable ingénieur russe, Français d ’ origine : M. Lucien Antonovitch Simon. Bien qu ’ il m ’ ait dit parler le français comme une vache espagnole, j ’ ai recueilli de sa bouche de curieux renseignements. Par exemple, selon lui, l ’ épaisseur de terre ne dégelant jamais, et s ’ étendant immédiate ment sous celle qui dégèle, serait très bonne à cultiver. Il pense
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