Baye J. d., De Penza a Minoussinsk. souvenirs d'une mission. extr. de la Revue de geographie-1898

20 UE PENZA A M1NOUSSINSK men, avant l ’ ouverture du Transsibérien, alors que les colons péné traient par les fleuves; maintenant il s ’ est fixé à Tchéliabinsk. Les nouveaux arrivants sont, autant que possible, échelonnés le long de la voie ferrée. Il faudra du temps et du monde pour meu bler, si je puis m ’ exprimer ainsi, ces immenses terrains demeurés si longtemps déserts. On cherche à créer des villages composés de 40 à 200 hommes et pour les agglomérations qui ont atteint ce dernier chiffre, on ajoute 200 décitines de terres pour l ’ école, en outre, 100 décitines de terres pour le prêtre, le diacre, le bedeau ; enfin ceux qui servent à l ’ église reçoivent 300 roubles de la cou ronne. Je dois ajouter que les églises sontencore peu nombreuses. Entre Tchéliabinsk et Krasnoïarsk, on en construit 33. Un géné reux donateur de la Russie d’ Europe, de Pétersbourg je crois, a offert 500,000 roubles pour la construction de ces églises. En voici une à peine achevée, construite près la station Icilkoul. Avant de quitter cette station, je tiens à vous montrer un campement temporaire de Petits-Russiens dans la steppe. Je pense vous intéresser également, en mettant sous vos yeux une habitation provisoire à côté de laquelle on a construit un four en terre glaise qui sert à faire cuire le pain nécessaire aux émi grants. Je me souviens qu ’ à une station, je vis un grand et fort colon, sur sa poitrine découverte pendait, outre la croix, un petit sac d ’ étoffe. M. Ouchakoff, après avoir questionné cet homme, me répondit qu ’ il était né en chemise et que, selon une très ancienne pratique russe, il portait cette peau comme une amulette. On dit en Russie de quelqu ’ un qui est heureux, qui est favorisé par le destin : il est né en chemise 1 , comme on dit chez nous : il est né coiffé. Ces colons, attirés vers la Sibérie par un entraînement, par un courant, par une poussée irrésistible, y parviennent avec une foi dans l ’ avenir qui lient du fatalisme et leur donne une force morale énorme jointe à l ’ assurance du succès de leur audacieuse entre prise. Ces gens ont tout laissé : parents, amis, clocher, champs, isba, meubles, bestiaux, charrue, tout ce qui peut attacher au sol, ils ont tout quitté, ils emportent seulement, dans une sacoche, une 1. Dans le proverbe russe le mot chemise n ’ est pas traduit par Toubuchkd mais par sorotchka^i est un terme beaucoup plus ancien.

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