Saint-Julien C. d., Voyage pittoresque en Russie. suivi d’un Voyage en Siberie par R. Bourdier-1854
MOSCOU. 179 L ’ intelligence russe, à l ’ endroit de l ’ industrie, est inouïe. On remplirait des volumes si on voulait récapituler les merveilleux résultats qu ’ elle produit chaque jour. 11 n ’ est pas rare de voir un jeune paysan abandonner son village avec un pécule de quelques roubles dans sa bourse de cuir, gagner Moscou, y acheter une petite collection de mercerie, se mettre à courir le pays en mar chand forain, augmenter son trafic, se fixer dans une ville impor tante, y ouvrir magasin, et finalement mourir millionnaire, et cela sans avoir cessé d ’ appartenir à la catégorie des hommes de la terre, et sans que son maître ait eu cependant l ’ idée d ’ entraver son commerce ou d ’ en profiter. Que si tous ces aventuriers in dustriels n ’ arrivent pas à mourir millionnaire, il en est peu qui ne laissent une fortune considérable à leurs enfants , qui ne manquent jamais d ’ être affranchis. On pourra s ’ étonner ici, qu ’ à ces trois aspects différents sous lesquels se présente Moscou, elle n ’ en joigne pas un quatrième; que cette ancienne capitale d ’ un empire dont les institutions sont devenues particulièrement militaires n ’ ait rien dans la physio nomie qui reproduise le caractère de ces institutions. Je viens de dire que Moscou est industrielle, et l ’ on sait que l ’ industrie concorde assez peu avec l ’ esprit militaire ; de plus, sa population compte, en dehors du commerce, une nombreuse aristocratie, en partie retirée de la cour et du service, indépen dante par sa fortune ou son rang, et qui s ’ inquiète peu de ce qui se fait à Saint-Pétersbourg. D ’ un autre côté, Moscou est la ville lettrée de l ’ empire comme elle en est la ville commerçante; ses savants, ses écrivains, ses poètes, étudient, pensent, écrivent, toutes choses fort étrangères à la nature des institutions dont je parle. Reste le peuple proprement dit, qui appartient générale ment à la terre, peuple brave et résolu au besoin, mais qui naît avec des instincts éminemment pacifiques et une antipathie très- prononcée pour le métier de soldat. On voit qu ’ il n ’ y a rien dans tous ces éléments qui soit de nature
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