Saint-Julien C. d., Voyage pittoresque en Russie. suivi d’un Voyage en Siberie par R. Bourdier-1854

154 VOYAGE EN RUSSIE. sièges élevés. Une ligne peut contenir une douzaine de per ­ sonnes, sans compter celles qui se hissent sur les sièges, car rarement on prend de laquais pour aller courir les champs. Ainsi nous allions, sans sortir de la propriété, des heures entières à travers les bois, à travers les prairies, à travers les blés, et lorsque nous avions trouvé un endroit pittoresque, un réduit charmant derrière quelque vieux bouquet de mélèzes ou de pins, sur la pente d ’ un coteau, à l'abri du soleil couchant, une nappe était étendue sur l ’ herbe, une télègue se trouvait là comme par enchantement chargée de tout ce qui est nécessaire au service du thé : somavar, sorte de bouilloire russe, tasses, cuillers, crème, gâteaux secs, fruits divers. Madame L... avait d ’ avance déterminé ce lieu, bien sûre qu ’ il plairait à chacun quand elle l ’ aurait pro ­ posé. Un jour elle me dit : C ’ est demain la fête de Lise et nous atten ­ dons quelques personnes. Le lendemain dix voitures arrivèrent, et outre les maîtres, chacune d ’ elles contenait un valet de pied et pour le moins deux femmes de chambre, sans compter le cocher : ce qui faisait environ vingt-cinq maîtres, quarante domestique, et autant de chevaux. Je parus étonné. — Eh ! monsieur, me dit madameL..., à laquelle je laissai voir ma surprise, ce n ’ est rien que cela... Vous verrez un de ces jours chez madame P..., où nous serons invités... — Comment, madame, il y viendra plus de monde qu ’ ici... et plus de bêtes?... — MadameL... sourit...Vous êtesépigrammatique, monsieur... — Je vous jure, madame... — Baste !... seulement je vous en prie, n ’ allez pas vous moquer de mon monde... des hommes surtout, cai ’ vous verrez des pro ­ vinciaux dans toute l ’ étendue du terme. Tous ces messieurs vien ­ nent de loin : il y en a qui ont voyagé toute la nuit. Étonnez-vous à présent qu ’ ils arrivent avec gens et bagages! Cependant rien dans la maison ne laissait voir le moindre dé-

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