Saint-Julien C. d., Voyage pittoresque en Russie. suivi d’un Voyage en Siberie par R. Bourdier-1854

LA FINLANDE. 125 orage se préparait; je dis orage, c ’ est chasse-neige qu ’ il faut dire, c ’ est-à-dire qu ’ un vent du nord se déchaîna avec violence et sou ­ leva en tourbillons des monceaux de neige. Toutes nos pelisses furent aussitôt impuissantes à nous garantir du froid : il fallut s ’ arrêter au premier relai, à Dénislavskaïa, si je ne me trompe. Cependant le jour arriva, le vent parut tomber et nous repartîmes. Mais nous n ’ avions pas fait une dizaine de verstes qu ’ il se mit à souffler avec une nouvelle violence. C ’ est quelque chose de terrible qu ’ un chasse-neige au milieu de ces espaces déserts. En un instant les airs sont obscurcis par la neige soulevée en tourbillons. Des montagnes glacées sont enle ­ vées par le vent du pôle, qui les pousse devant lui ou les disperse avec un effroyable bruit ; on risque à chaque pas de tomber dans quelque abîme inconnu, au fond duquel la mort est inévitable. Tout secours devient impossible contre de pareils phénomènes. Se re ­ tirer sous le toit le plus prochain et attendre que la tourmente soit passée, c ’ est la seule chose qu ’ il y ait à faire; et si l ’ on est trop éloigné d ’ une habitation, le plus sage est de chercher quelque abri naturel contre le vent et de s ’ y blottir de son mieux, à moins qu ’ on ne soit très-près du but de son voyage, et qu ’ on puisse suivre son chemin les yeux fermés. Il nous restait cinq ou six verstes à faire pour atteindre la station. Notre postillon était expérimenté et ses chevaux vigou ­ reux. Il les poussa bravement, tourna plus d ’ une colline mouvante, que le vent faisait marcher devant lui, et à force d ’ adresse, de courage, et grâce aussi à ses chevaux qui se conduisirent vaillam ­ ment, il nous conduisit au port. Je dois confesser que tous les loups de la forêt réunis autour de notre traîneau ne seraient pas parvenus à me faire éprouver la moitié des terribles émotions qui vinrent m ’ assaillir pendant l ’ heure que nous mîmes à faire ces cinq ou six dernières verstes, qui nous séparaient de la station . 11 fallut y passer une partie de la journée; vers deux heures de

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