Saint-Julien C. d., Voyage pittoresque en Russie. suivi d’un Voyage en Siberie par R. Bourdier-1854

118 VOYAGE EN RUSSIE. XVI Aspect général des solitudes du Nord. — Manière de voyager. — Départ pour Arkhangel. — Itinéraire. — La forêt blanche. — Cortège inattendu. — Chasse-neige. — Arrivée à Arkhangel. J ’ avais résolu de visiter Arkhangel pendant l ’ hiver. 11 y aurait eu folie, en effet, que d ’ aller pendant les grands jours, sous l ’ ac ­ tion d ’ un soleil ardent qui ne reste pas moins de dix-huit à vingt heures sur l ’ horizon, se jeter à travers ces espaces désolés, cette nature aride, ces rudes steppes du septentrion, ces marais, ces landes spongieuses, ces forêts monotones, ces fleuves sauvages aux rives inhabitées et sans aspects pittoresques, ces sables sans fin, ces montagnes ou plutôt ces collines pelées ou rocailleuses!... Quand on songe que le gouvernement d ’ Arkhangel , sur une éten ­ due de mille lieues, de l ’ est à l ’ ouest (quatre mille verstes), et de deux cents du nord au midi (huit cents verstes), compte à peine cinq cent mille Habitants, parmi lesquels encore il faut faire en ­ trer plus d ’ une tribu sauvage de Samoièdes et les Lapons de Kola, le point le plus septentrional de l ’ empire, on peut se demander à quoi bon, même en hiver, entreprendre un semblable voyage à travers ces solitudes, un voyage de plus de cinq cents lieues 1 ! Mais je voulais voir Arkhangel, et je me dis avec raison que ces solitudes ne sauraient être plus rapidement franchies que pendant l ’ hiver. D ’ ailleurs ma résolution était prise, et dès lors il n ’ était plus question ni de la nature des lieux, ni de la distance à franchir, mais de la manière de franchir les lieux et la distance. Cette ma ­ nière était toute trouvée : un traîneau et des chevaux de poste. On va vite, en Russie, lorsque, pendant la saison des chemins, comme 1 Arkhangel est à 1032 verstes de Saint-Pétersbourg, plus de deux cent cin ­ quante lieues, et il ne faut pas oublier le retour.

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